TENDUA - Association pour la sauvegarde de la biodiversité

Blanchissement des coraux & acidification des océans

Les récifs coralliens occupent moins de 1% de la surface de la Terre. Ils abritent cependant 25% des espèces de poissons marins connus à ce jour, et des milliers d’espèces appartenant à d’autres groupes zoologiques tels que les invertébrés marins, mammifères, et autres espèces.

Patates de corail en bonne santé, Le Lagon Bleu, Rangiroa, Polynésie
Patates de corail en bonne santé, Le Lagon Bleu, Rangiroa, Polynésie
© Myriam Dupuis

L’écosystème récifal, dont la structure est construite par les coraux, est, avec les forêts tropicales, l’écosystème le plus riche en biodiversité, ainsi que le plus complexe et le plus productif de la planète. C’est pourquoi il faut en prendre soin.

Les coraux vivent principalement dans des zones peu profondes, assez près de la surface de la mer, dans les eaux salées des mers tropicales où la température se situe entre 20 et 32°C et où la clarté de l’eau permet à la lumière de pénétrer. Les récifs coralliens sont constitués de milliards de petits animaux, les polypes, qui vivent en symbiose avec des algues microscopiques appelées les zooxanthelles.

Anatomie d
Anatomie d’un polype corallien
© source internet

Les deux espèces sont utiles les unes aux autres en s’offrant abri et nourriture. Les zooxanthelles sont des plantes qui réalisent la photosynthèse à l’aide de la lumière du soleil en puisant le gaz carbonique (CO2) dissous dans l’eau pour produire de l’oxygène et de la nourriture indispensables aux polypes. De leur côté, les polypes protègent les zooxanthelles, respirent de l’oxygène, produisent du CO2 et fournissent à leurs hôtes des nutriments issus de leurs propres déchets. Chaque polype vit à l’intérieur d’une coquille de carbonate de calcium. Les polypes s’assemblent pour former la structure complexe caractéristique des coraux, alors que les zooxanthelles sont à l’origine de leur couleur.

Les menaces
Les modifications environnementales ont des effets destructeurs sur cette association. Ainsi, les menaces sont :
1- un changement de la température de l’eau (la mer se réchauffe plus vite que ce que les scientifiques avaient prévu), de sa salinité, une variation de son pH (acidification due à une augmentation du gaz carbonique dissous),
2- des changements de courants, de fortes tempête, des conditions exceptionnelles comme les tsunamis, sont autant de modifications environnementales qui « dérangent » le corail et créent un stress.

Les activités humaines sont aussi responsables du blanchissement des coraux (liste non exhaustive !) :
3- l’agriculture qui sert à 80% à nourrir le bétail en France et qui rejette nitrates et phosphates dans les cours d’eau, générant une modification chimique de l’eau ... jusqu’à la mer ;
4- l’urbanisation des littoraux avec, d’une part, la construction immobilière (certains déchets contenant des concentrations variables de produits toxiques se retrouvent dans la mer) et, d’autre part, l’apport d’eau douce provenant du traitement des eaux usées des villes, de l’arrosage des jardins près des plages coralliennes car le corail n’aime pas l’eau douce ;
5- l’augmentation de la fréquentation balnéaire provoque la destruction des plages et des récifs coralliennes, notamment avec l’utilisation de produits solaires, le piétinement des coraux... ;
6- de façon générale, les déchets jetés volontairement ou pas à la mer : le tout-à-l’égout est souvent transformé en « tout-à-la-mer ».

Blanchissement du corail
Blanchissement du corail
© Myriam Dupuis

Le corail s’affaiblit alors : il reçoit moins d’oxygène et finit par expulser ses zooxanthelles sans lesquelles il ne peut pourtant survivre. Et c’est à ce moment-là que la décoloration ou blanchissement intervient. Si le stress ne dure pas trop longtemps, les zooxanthelles réintègrent parfois leur corail, mais en cas de stress trop important, les zooxanthelles ne reviennent pas et le corail meurt, envahi par des algues invasives et qui poussent à sa surface.

La première observation d’un blanchissement date de 1979.
Depuis, on parle régulièrement du blanchissement des coraux. Il ne s’agit plus de cas isolés mais de zones entières de récifs qui blanchissent puis meurent. Ce phénomène a été observé un peu partout : sur la Grande Barrière de corail en Australie, mais aussi à la Réunion, aux Seychelles, à Madagascar, aux Maldives….
Le pH de la mer est passé de 8,20 (en 1800) à 8,10 (en 2015) et devrait poursuivre sa chute à 7,65 en 2100.

Quel sera l’impact de la disparition des coraux ?
Nos modes de vie produisent de plus en plus de CO2.
Les coraux contribuent à diminuer la quantité de CO2 de l’atmosphère de la planète car le squelette corallien qu’ils construisent est constitué de cristaux d’aragonite, c’est-à-dire de carbonate de calcium. Le « carbonate » n’est autre que du gaz carbonique dissous ; quant au calcium, il existe en grande quantité dans l’eau. Le carbonate est proportionnel au gaz carbonique présent dans l’air.
Les coraux recyclent donc ce CO2 en squelette rigide et participent à leur façon à la purification de l’atmosphère.
Mais l’acidification de l’eau de mer a pour conséquence :

  • la baisse des éléments chimiques essentiels à la vie marine d’où la disparition des animaux marins ;
  • la mort des coraux, coquillages, ... par l’action d’une eau de mer devenue corrosive qui dissout leurs coquilles ;
  • la lente dissolution des squelettes calcaires de ces animaux qui restituera du CO2, lequel repassera proportionnellement dans l’atmosphère terrestre…et contribuera encore plus à la pollution actuelle, aggravant même considérablement la situation que nous connaissons aujourd’hui. Que fera-t-on de ce CO2 qui ne sera plus « évacué » par les mécanismes naturels ?... Cette acidification constitue une véritable menace des écosystèmes marins à l’échelle planétaire, et par conséquent, une menace pour la sécurité alimentaire mondiale.

Il faut donc protéger le corail, et protéger l’océan et ses habitants car chaque espèce dépend d’une autre, pour arriver à ce merveilleux et fragile équilibre qui donne la vie, et dont l’espèce humaine dépend aussi. Protéger, c’est réfléchir et changer ses modes de comportement et notamment sa façon de consommer.

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