TENDUA - Association pour la sauvegarde de la biodiversité

Pollution sonore des océans : quel boucan sous la mer !

Nuisance sonore dans les océans

Les océans sont le théâtre de va-et-vient incessants générant des nuisances sonores que l’on imagine mal. Leurs sources :

  • outre les 6000 navires du transport maritime commercial qui sillonnent les mers en permanence - cargos de marchandises, porte-containers -, et un transport maritime qui ne cesse d’augmenter, il faut également prendre en compte :
  • les bâtiments des marines nationales, tous pavillons confondus (une centaine pour la France seulement),
  • les sous-marins et leurs sonars (plus de 300 hors OTAN),
  • l’exploration sismique pour la recherche pétrolière, gazière et minière,
  • les éoliennes off-shore de plus en plus nombreuses, et bien sûr,
  • les bateaux de pêche toutes tailles et tous pavillons confondus,
  • les 11 bateaux de croisière géants (+ de 7000 passagers à bord)...et tous les autres,
  • tous les sons émis par les hélices et les coques des bateaux, et autres activités de plaisance tels que le jet-ski, ski nautique, hors bord, pêche amateurs, plongée et autres...

Autrement dit, le mal-nommé « monde du silence » est devenu celui d’une cacophonie insupportable pour ses habitants par l’augmentation incessante des activités humaines.

Réchauffement climatique, acidification des océans, propagation du bruit

Selon des chercheurs de l’Institut de recherche de l’aquarium de la Baie de Monterey aux États-Unis, l’augmentation de l’acidité des océans pourrait rendre l’environnement marin encore plus bruyant. Les changements dans la composition chimique de l’eau de mer auraient pour conséquence que son absorption des sons à basse fréquence serait 10% inférieure à celle d’avant la révolution industrielle.
A moins d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre (chemin que nous ne prenons pas malgré toutes les conférences sur le sujet…), l’acidité des mers et des océans pourrait atteindre d’ici à 2050 un niveau tel que le bruit des navires et des canons sismiques voyagerait 70% plus loin qu’actuellement. No comment...ou NO FUTUR ?

Écholocalisation ….

© internet

Les cétacés produisent des sons (clics, sifflements, vocalisations) dont la plupart sont caractéristiques de l’espèce ou de la population par leur forme, leur fréquence et leur durée. Ils utilisent des systèmes d’écholocation similaires aux sonars actifs, parfois sur de grandes distances, pour localiser leurs congénères, leurs proies et leurs prédateurs.

En retour, ils captent les ondes sonores avec leur mâchoire inférieure, tapissée de tissus adipeux très vascularisés qui servent de structure de résonance pour l’écholocalisation. Les vibrations liées aux sons sont si fortes que des boules de graisse se détachent de la mâchoire et sont retrouvées dans le sang des animaux lors d’autopsies.

L’environnement océanique et maritime de plus en plus bruyant les désoriente, les disperse et menace ces espèces de disparition.

… Et propagation des ondes des sonars

Propagation des ondes du sonar
Propagation des ondes du sonar
© AwayFoundation

Or, les ondes des sonars utilisés par l’armée ou les détonations des canons à air des industriels sont responsables de saignements dans l’oreille interne des cétacés et dans la région de la mâchoire inférieure, ainsi que de fractures d’organes à l’origine d’hémorragies internes. En effet, la prospection sismique gazière et pétrolière utilise des canons à air dont les déflagrations atteignent 1800 décibels.

A titre de comparaison, une exposition pendant 8h à 80db génère chez l’homme une perte d’audition ; un bruit atteignant 120/130 db provoque une sensation douloureuse, sans compter les effets secondaires générés par le bruit : stress, troubles digestifs, du sommeil, risques cardio-vasculaires...


Banc de dauphins long bec (Stenella longirostris)
Banc de dauphins long bec (Stenella longirostris)
© M.Dupuis

En plongée, les cétacés appréhendent l’espace notamment grâce aux signaux acoustiques qu’ils perçoivent et émettent. L’ouïe est leur sens le plus important, et leur aptitude à bien entendre est vitale dans tous les aspects clés de leur vie, comme la recherche de nourriture, le déplacement et les interactions sociales. Le nerf auditif du dauphin est 10 fois plus long que celui de l’homme !

Pour respirer, les cétacés remontent lentement, respectant naturellement des « paliers » de décompression. Mais, soumis au stress généré par les ondes des sonars qui les heurtent, les hormones de stress se propagent dans tout leur corps, leur rythme cardiaque augmente et la fuite s’impose : les cétacés engagent alors une remontée d’urgence. Comme chez les plongeurs, une remontée trop rapide provoque une accumulation de gaz dans les organes.

Pour comprendre un peu mieux ce que ces animaux subissent, il faut imaginer un scénario comparable : vous vous promenez et, soudain, un bruit tel retentit que vous en perdez le sens de l’orientation. L’intensité d’un sonar est plus forte que celle d’un avion à réaction au décollage. Et cela dure plusieurs heures. Vous sentez vibrer vos os et votre chair à cause du bruit ; vos oreilles se mettent à saigner. A l’instar de la pollution sonore générée par les sonars qui saturent les océans sur des centaines de km créant de fait des barrières acoustiques infranchissables pour les cétacés, vous ne pouvez pas vous échapper…Il y a détresse émotionnelle et souffrance physique, et souvent, c’est la mort ...


Échouage d
Échouage d’une baleine à bec de 6,66 m et d’environ 6 tonnes
© SNSM, Station de Beg-Meil, France

Le bruit des sonars militaires génère donc chez les cétacés des problèmes de décompression, suivis très souvent d’un échouage.

On en connaît un peu plus aujourd’hui sur ce phénomène grâce à l’autopsie d’animaux échoués et décédés. Les scientifiques ont découvert que leur foie était plein de bulles d’azote (parfois de la taille d’une balle de tennis), que les reins pouvaient être atteints également et ils ont trouvé aussi des particules de graisse dans le sang (tissus conducteurs détachés de la mâchoire).

Les animaux meurent alors d’une longue agonie. En s’échouant sur les rivages, les animaux cherchent peut-etre à se mettre en sécurité en se rapprochant des côtes ?

Conséquences : les échouages

C’est en 1805 que l’on a recensé pour la première fois un cétacé échoué. Le phénomène des échouages n’est donc pas récent. Par la suite, une vingtaine d’échouages par an a été renseignée jusque dans les années 1960.

Un constat évident : depuis les années 1960, il y a une nette augmentation des échouages. Mais il est vrai qu’aujourd’hui les informations circulent plus facilement. Est-ce tout simplement parce qu’on les voit plus et qu’on en parle plus ? Pas seulement, semble-t-il : des corrélations ont pu être établies entre des échouages de cétacés et les exercices des marines américaines, britanniques et espagnoles réalisant des manœuvres navales avec des sonars militaires à basse fréquence perceptibles à plus de 100km.

Rappelons que toutes les marines utilisent ce type d’équipements ; donc toutes les mers et les océans du monde sont concernés par ces « manœuvres »…
En 2000, aux Bahamas, une expérience de l’US Navy avec un émetteur à 230 db dans la gamme de fréquence 3 000 à 7 000 Hz provoqua l’échouage de seize baleines, dont sept furent trouvées mortes. L’US Navy reconnut, deux ans après, sa responsabilité dans cet échouage dans un rapport publié le 01/01/2002 dans le Boston Globe.

Les échouages de septembre 2012

Des baleines échouées près de Saint-Andrews en Ecosse le 02/09/12
Des baleines échouées près de Saint-Andrews en Ecosse le 02/09/12
© Andrew Milligan/AP/SIPA

Au cours du même week-end du 02/09/12, plusieurs dizaines de globicéphales se sont échoués sur les côtes d’Écosse et de Floride, d’un côté et de l’autre côté de l’Atlantique.

En Amérique du Nord, il s’agissait du troisième incident de ce type en deux jours.

26 Baleines échouées en Écosse

Le 02/09/12, un groupe imposant de 26 baleines-pilotes (Globicephala macrorhynchus) s’est échoué sur la côte est de l’Écosse, près de Saint-Andrews.

Seize sont mortes, les sauveteurs ayant réussi à remettre à l’eau les dix autres.


Carte de forage sismique en Ecosse
Carte de forage sismique en Ecosse
© Sibylline

On pense rapprocher ces échouages des prospections sismiques de la compagnie M/V Polarcus Adira…

Deux autres groupes de globicéphales se sont échoués à Cape Cod, dans le Massachusetts (nord-est des États-Unis) le 01/09/12, et au Canada le 02/09.

22 Baleines échouées en Floride

Le 01/09/12, 22 baleines se sont échouées sur une plage de Floride, dont 5 seulement ont pu être sauvées.


Baleines-pilotes échouées en Floride – sept.2012
Baleines-pilotes échouées en Floride – sept.2012
© internet

A cette occasion, l’association Sibylline rappelle qu’aux États-Unis, c’est le grand représentant de l’industrie de la captivité Seaworld qui finance la gestion des échouages lorsqu’il y a des animaux survivants.

Est-ce un hasard si seuls des jeunes et très jeunes animaux aient été sauvés, alors que les autres ont été euthanasiés ? Ils ont été dirigés vers l’un des parcs d’attraction (« centres vétérinaires »). Aucune autorisation n’est nécessaire quand les animaux sont déclarés non réhabilitables. Ainsi, coup double pour Seaworld : une publicité lui donnant une image de sauveur et une excellente opération financière puisqu’un globicéphale, s’il devait être acheté, coûterait au bas mot 250 000 dollars, alors 5 d’un coup…

La raison de ces échouages de début septembre est encore à l’étude.


Près de 50 cétacés se sont échoués au large de la Tasmanie, le 23 janvier 2009
Près de 50 cétacés se sont échoués au large de la Tasmanie, le 23 janvier 2009
© Internet

Besoin de programmes indépendants

Des programmes de recherches sur les cétacés existent, mais il est très difficile d’avoir une étude indépendante. Aux États-Unis, par exemple, les programmes de recherche en biologie marine sont financés par la Navy. Seules des études indépendantes détermineraient précisément le rôle des activités humaines dans ces échouages… et dans la disparition de ces animaux marins, et ne seraient plus censurées.

Outre les échouages, on connaît déjà les conséquences de ces nuisances sonores chez les cétacés. Elles affectent tous les plans de la vie des animaux ; tout d’abord :

  • La communication : la destruction de leur système d’écholocalisation crée des problèmes au sein du clan. Les mâles et les femelles n’arrivent plus à se rejoindre.
  • L’éducation : les petits connaissent des difficultés d’apprentissage des codes du groupe et le plus souvent, ils finissent par se perdre et s’échouent sur des plages.
  • La migration : obligés de s’écarter de leurs routes habituelles, les individus d’un même groupe finissent par se séparer. Les chercheurs ont trouvé des cétacés échoués en des endroits habituellement non fréquentés par ces animaux.
  • Le risque de famine : les cétacés ne sont plus capables de localiser leurs proies et donc de se nourrir.

Les différentes espèces de cétacés
Les différentes espèces de cétacés
© internet

Existe-t-il des solutions ? oui mais il s’agit, une fois de plus, de choix politique …

Parmi les solutions évoquées, en voici quelques unes :

1) Le changement de fréquence des sonars : ce n’est pas une solution car d’autres espèces de cétacés seront affectées puisque chaque espèce possède des caractéristiques de résonance propre.

2) Des murs de bulles sont générés au pied des éoliennes off-shore afin d’atténuer leur bruit, un peu comme les murs anti-bruit au bord de nos autoroutes construits pour absorber partiellement les nuisances sonores. La réduction semble effective, mais est-elle suffisante ?...

3) L’industrie navale est en capacité aujourd’hui de fabriquer des navires silencieux mais cela coûte cher. Et comme à ce jour, il n’existe aucune obligation nationale ou internationale, personne ne veut payer un tel coût malgré les recommandations faites par les scientifiques et des associations depuis plusieurs années.

4) Les Marines nationales pourraient vérifier, avant leurs exercices sur zone, la présence de cétacés grâce aux clics qu’ils émettent. Cela supposerait un changement radical d’attitude des militaires de toutes nationalités : engager et suivre les recommandations de biologistes marins… autant dire que cette mesure qui pourrait pourtant être rapidement mise en place ne le sera probablement jamais.

5) Créer plus de zones où trafic maritime, manœuvres militaires, exploration off-shore, activités aquatiques de plaisance seront totalement interdits, ainsi que des corridors pour relier ces zones de tranquillité ;

6) Rejoindre les associations qui se battent sur ces sujets ; en parler autour de soi et relayer l’information via vos réseaux auprès de nos députés : nous sommes l’opinion publique et nous pouvons agir.

Pour aller plus loin :

http://www.sounds-of-seas.info/

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